CONFÉRENCE
PRATIQUE MIXTE
Formation
Auteur(s) : SERGE TROUILLET
Les promoteurs de l’utilisation du cheval, dans de nombreux domaines, déclinent sa compatibilité avec l’objectif d’un développement durable. Elle contribue en effet à préserver l’environnement. Selon l’association Equiterra, le gain carbone de quelques chantiers hippomobiles, en comparaison à un système motorisé, va de 30 à 90 % selon les usages du cheval (débardage, collecte des déchets, maraîchage, transport de personnes, entretien d’espaces verts).
L’utilisation du cheval s’avère également pertinente comme méthode douce d’entretien des fonds et des berges de rivières, par exemple pour décolmater les frayères et permettre ainsi de préserver des races de poissons menacées, telles que le saumon, l’alose ou la lamproie, ou encore pour pratiquer la fauche sur des zones où la portance est limitée, pour préserver certaines espèces de plantes ou d’oiseaux dans des zones de nidification. En ville, son atout réside dans une modalité de transport écologique et peu bruyant.
Le cheval au travail crée par ailleurs de la valeur économique, qu’il s’agisse de la création d’emplois et de la pérennisation des emplois associés (meneur du cheval, maréchalerie, bourrellerie), du maintien d’un savoir-faire, du développement de techniques innovantes, d’une nouvelle utilisation pour les races de trait, du développement touristique, de l’animation des territoires. Côté investissement, un débusqueur forestier coûte 150 000 € contre 3 000 à 6 000 € pour un cheval équipé, efficace en complémentarité.
De la même façon, transporter du matériel vers un refuge de montagne prendra, certes, plus de temps avec des mules, mais pour un coût divisé par trois ou quatre par rapport à celui d’un hélicoptère.
Le ramassage hippomobile d’ordures ménagères à Vizille, dans l’Isère, a permis de faire une économie de 15 % par rapport au camion. Sur le plan agricole, une moindre consommation des fluides, l’amélioration de la qualité des sols et une valorisation sur le plan du marketing et de la communication, notamment en viticulture, sont autant de réels atouts économiques.
L’utilisation du cheval, enfin, crée du lien social. En effet, il a un rôle de médiateur entre les meneurs, les cavaliers et la population, entre les touristes et le territoire. L’utilisation de brigades montées, notamment dans plusieurs communes autour de Clermont-Ferrand, non seulement n’affaiblit en rien l’autorité des policiers, bien au contraire, eu égard à leur position dominante sur l’animal, mais incite les gens à se tourner vers eux pour voir leur monture et donc engager la conversation.
Le cheval est aussi un atout social dans l’éducation et la prévention, par exemple lors d’actions de sensibilisation portant sur la citoyenneté, le civisme ou l’environnement. À Pont-Sainte-Marie, dans l’Aube, lors de la collecte de déchets recyclables, le volume de déchets a été augmenté de 15 % par l’utilisation des chevaux, l’opération devenant prétexte à s’approcher d’eux.
Agriculture, espaces naturels, forêt, tourisme, loisirs, transport, environnement urbain, les utilisations du cheval sont multiples. Pour autant, plus de 80 % des collectivités confessent des préjugés à cet égard. Cela va de l’image de retour vers le passé au manque de viabilité économique, en passant par l’absence de compétences ou le crottin sur la voie publique. Concrétiser un tel projet nécessite en conséquence de bien identifier et de prendre en compte toutes les contraintes, qu’elles soient liées à l’objectif, au matériel, au meneur ou au cheval, et de chiffrer précisément l’investissement nécessaire ainsi que le budget de fonctionnement de l’opération. Surtout, que l’étude de sa faisabilité ne soit pas réalisée par ceux qui la mettront en œuvre !
En France, le cheval au travail représente une niche d’emplois évaluée à 250 personnes, 450 avec ceux de la police montée. Plus de 200 communes utilisent le cheval aujourd’hui. Une étude de 2012 en Rhône-Alpes estimait que le recours à la traction animale pourrait générer la création de 2 000 emplois potentiels et l’utilisation de 3 000 chevaux supplémentaires dans les dix années suivantes. Pour Laurent Maly, le cheval au travail est une idée à suivre. Il résulterait de la valorisation et du développement de cette pratique une réelle plus-value pour la société.
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