POLITIQUE
ACTU
Auteur(s) : MARINE NEVEUX
L’assemblée générale de l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs s’est tenue le 14 avril à Paris. Elle intervient dans une période riche en actualité sur la gestion des abattoirs en élevage.
L’installation du contrôle vidéo aux postes sensibles dans les abattoirs, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale, était prévue au 1er janvier 2018, mais il n’en sera rien. « Ces caméras sont pourtant indispensables pour renforcer l’inspection vétérinaire qui est défaillante compte tenu du manque d’effectifs des agents de contrôle. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, lors du débat parlementaire de janvier 2017, avait soutenu la solution des caméras de contrôle, les préférant au recrutement de vétérinaires inspecteurs, qui représentait un poste budgétaire important », se souvient notre confrère Jean-Pierre Kieffer, président de l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA), devant l’auditoire présent à l’assemblée générale de l’association, ce 14 avril. « Avec la situation actuelle, ce n’est ni l’un ni l’autre », déplore-t-il. Les espoirs pour 2018 ? « Le projet de loi issu des états généraux de l’alimentation réserve une bien petite place au bien-être des animaux. » Et il convient de rappeler l’engagement du candidat Emmanuel Macron, qui avait écrit à l’ensemble des associations de protection animale pour annoncer, en avril 2013, que « la vidéosurveillance dans les abattoirs, selon les modalités inspirées de la proposition de loi Falorni, sera mise en place. On peut difficilement imaginer que le président de la République renie son engagement… », fait observer Jean-Pierre Kieffer. Le projet de loi sur l’alimentation sera examiné courant mai à l’Assemblée nationale.
L’activité de l’OABA est conséquente et l’association est particulièrement active sur le terrain. Frédéric Freund, son directeur, rappelle qu’elle siège dans des comités consultatifs, participe à des groupes de travail, collabore à des études scientifiques sur le bien-être animal.
Notre confrère Loïc Dombreval, député des Alpes-Maritimes et président du groupe d’études condition animale à l’Assemblée nationale, constate que « les politiques menées depuis de nombreuses années sont responsables de ce qui se passe aujourd’hui, le monde agricole est désorienté et impose un nouveau modèle. On a entraîné ce monde agricole vers un hyperproductivisme. Il faut établir une forme de triangle relationnel vertueux entre les distributeurs, les consommateurs, parfois horrifiés, qui veulent plus de qualité, plus de respect, de santé, et les agriculteurs, qui sont en difficulté. »
Évoquant l’attente de la vidéo dans les abattoirs, Loïc Dombreval est très surpris : « Au moins, replions-nous sur l’expérimentation dans des abattoirs volontaires. » Le député Olivier Falorni avait fait de cette mesure un emblème de son projet de loi, mais son amendement, comme celui de notre confrère, a été rejeté. « C’est dommage pour les animaux et pour les conditions de travail des salariés en abattoir. C’est aussi un dommage politique. »
Le débat n’est pas fini, avec les nouvelles discussions qui s’ouvrent dans l’hémicycle. Un amendement a été déposé pour le certificat de compétence et la formation des abattoirs. Un autre « sur l’étourdissement, avec un amendement de repli sur l’étourdissement post-jugulation ». « Il y a déjà eu des avancées majeures dans d’autres pays », précise Loïc Dombreval.
Abordant le broyage des poussins vivants, « je souhaite qu’une réflexion soit menée sur le sexage in ovo d’un œuf de poule à J0. Cela permettrait d’éviter le broyage de 50 millions de poussins par an ». Enfin, « je souhaite que l’on ne puisse plus transporter une femelle bovine au-delà de trois mois de gestation ».
Pierre Le Neindre, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), qui a mené le travail d’expertise scientifique sur la conscience animale, insiste sur le fait qu’il « ne faut pas dire ce que les animaux pensent ou veulent sans revenir vers eux ».
Notre confrère Jean-Luc Angot, président du Comité national d’éthique des abattoirs, en retrace les objectifs : réaliser une analyse des attentes sociétales, donner un avis sur la politique publique, débattre sur l’évolution de la législation et de la réglementation relatives à l’amélioration de la protection animale en abattoir, suivre sa mise en œuvre.
L’avis est attendu pour janvier 2019. Le travail de ce comité devrait aboutir à une dizaine de recommandations concrètes et opérationnelles. Elles seront déposées à plusieurs ministres. Cinquante structures sont représentées : association de consommateurs, producteurs agricoles, sociétés de distribution, de restauration, syndicat de salariés, Inra, ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, associations de protection animale, chercheurs, membres de l’Administration, organisations professionnelles vétérinaires, professionnels des abattoirs, instituts techniques, cultes, etc.
« Un débat de fond est mené de septembre 2017 à septembre 2018. La discussion et la rédaction des recommandations aura lieu d’octobre 2018 à janvier 2019. Différents thèmes sont abordés
: philosophie, éthique, questions juridiques, état des lieux scientifique sur la douleur et la conscience animale, guides de bonnes pratiques, souligne Jean-Luc Angot. Nous avons commencé à travailler dans des sous-groupes
: cartographie et maillage territorial, réglementation et règles, communication et information, formation et tutorat.
» Des thématiques sont à développer, comme la sociologie, les pratiques religieuses et la formation. Notre confrère se félicite du très bon esprit de dialogue du comité.
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