EXPRESSION
Auteur(s) : Propos recueillis par Chantal Béraud
Pas facile de rester associés pour la vie ou de travailler en équipe ! S’opposer est donc quasi « normal ». Pourtant, certaines attitudes permettent de susciter moins d’affrontements ou de mieux rebondir pendant et après les conflits. Retour d'expérience.
Anne-Catherine Bernard (L 04)
Praticienne en rurale à Cusset (Allier)
Créer une entraide d’équipe
La meilleure façon de sortir d’un conflit, c’est d’essayer de ne pas y entrer ! Pour éviter les problèmes de personnel et le turnover, il faut consacrer du temps à l'autre et s'intéresser à lui. Chercher ensemble des solutions. Car il existe toujours un levier à activer. Osons également aborder les problèmes, y compris d’ordre personnel. Ce peut être tout à fait légitime de vouloir accompagner un parent malade… Autre cas, plus simple : si quelqu’un a fait une insomnie, il est possible de lui accorder une demi-heure de sieste réparatrice. Aujourd’hui, comme les équipes sont souvent plus étoffées que dans les structures vétérinaires familiales historiques, il faut apprendre à s’y organiser de manière solidaire. Mais sans abuser et dans un esprit d’équité ! Enfin, ne négligeons pas non plus les efforts à faire pour nous comprendre entre générations. La structure vétérinaire doit savoir s’y adapter, si possible avec flexibilité et sans jugement. Par exemple, tout le monde n’éprouve pas un besoin strictement identique en ce qui concerne les vacances…
Sophie Latapie (A 07)
Praticienne mixte à Confolens (Charente)
Du chaos naissent parfois des étoiles !
En 2009, nous étions trois associés historiques. En 2020, l’un d’entre nous a annoncé son départ, et il nous a alors fallu près de deux ans pour trouver un accord de sortie ! Cette malheureuse situation a soulevé plein d’émotions, des controverses entre avocats, et généré en moi un sentiment d’échec. Pourtant au final, cette colère nous a donné l’énergie de repartir sur de nouvelles bases. Qu’avions-nous « loupé » ? L’un des problèmes venait du fait que nous ne partagions pas la même vision de l’entreprise qui, pour moi, doit être au service de l’humain. Il en découle que l’argent est un moyen, pas une finalité… Par ailleurs, notre projet d’entreprise était aussi insuffisamment collectif, et nous ne l’avions pas « réactualisé » au fil des années. Dès 2022, alors que nous étions encore en pourparlers avec l’associé sortant, est née l’envie de devenir une entreprise vétérinaire démocratique et solidaire, sous la forme d’une Scop (Société coopérative de production). Cette transformation, malgré ses difficultés de mise en œuvre, nous a fait rebondir après conflit.
Jean-François Marty (A 91)
Ex-praticien mixte à Melle (Deux-Sèvres), retraité en 2024
Un audit externe pour ouvrir les yeux !
Comment ai-je évité ou au contraire « buté » sur des oppositions d’équipe ? Pour y répondre, il me faut passer en revue ma carrière. Encore jeune, je ne me suis pas associé avec « d’anciens » praticiens, car je voulais changer des choses, et ça n’aurait pas fonctionné ! Plus tard, une mésentente s’est installée avec l’un de mes associés « historiques », de six ans plus jeune. C’est devenu limpide il y a dix ans quand un auditeur externe est intervenu au sein du cabinet dans le cadre d’un projet commun pour notre Groupement d’intérêt économique (GIE). Après s’être entretenu individuellement avec l’ensemble du personnel, il nous a tous réunis et a carrément dit qu’il nous fallait travailler sur un seul gros problème. Qui était justement cette mésentente ! Nous étions partants, car nous souffrions tous les deux de cette situation. Chacun des vétérinaires s’est confronté aux autres, l’auditeur nous a fait alors prendre conscience que nos différences étaient notre richesse. Au final, ceci nous a permis de bâtir une charte et un projet d’entreprise.