Médecine solidaire
ANALYSE GENERALE
Auteur(s) : Tanit Halfon
Près de trois ans après sa renaissance, l’association Vétérinaires pour tous comptait en 2023 604 établissements et vétérinaires adhérents. Pour 2024, l’objectif est de conforter le réseau et les actions menées, mais aussi, et surtout, de réfléchir à de nouvelles sources de financement.
L’association de médecine solidaire Vétérinaires pour tous (VPT) fait de nouveau partie du paysage vétérinaire depuis trois ans. Une renaissance rendue possible en 2021 grâce aux fonds publics de France Relance. Depuis, VPT est montée en puissance, tant en nombre d’adhérents qu’en volume de dossiers traités et d’actions mises en place. En 2023, elle comptait 604 établissements de soins vétérinaires (ESV) et praticiens individuels adhérents1, contre 550 en 2022 et 181 en 2021. Si le démarrage administratif a été lent (il a fallu 9 mois pour qu’il soit vraiment fonctionnel), l’adhésion des vétérinaires a été plus rapide. « Nous étions opérationnels en janvier 2022. Puis, en mars, a éclaté la guerre en Ukraine. Elle a totalement chamboulé la mise en place progressive de l’association, expliquent Estelle Prietz (N 99), conseillère ordinale nationale et membre du Conseil d’administration de VPT, et Émilie de Marco, directrice de la Fédération nationale. Nous nous sommes portés volontaires pour mettre en place un dispositif solidaire et de surveillance sanitaire pour les animaux venus d’Ukraine, ce qui nous a valu un démarrage en fanfare avec des adhésions massives des vétérinaires et un volume énorme de dossiers à traiter dans un cadre réglementaire contraint. Cela a été un tsunami administratif, car nous n’avions pas à l’époque de plateforme web pour la gestion des dossiers. Tout se faisait par mails… Aujourd’hui, nous en sommes à 3 500 dossiers pour cette opération, et tous n’ont pas encore été finis de traiter. »
Une hausse de plus de 112 % des dossiers traités en un an
Si elles conviennent que le dispositif Ukraine aura donné un coup d’accélérateur à l’association en 2022, l’engagement vétérinaire se maintient dans la durée. « En 2023, le nombre d’adhérents a augmenté de 8 %. Au 20 février 2024, on en est déjà à 323 adhésions, soit plus de la moitié enregistrée de 2023. Cela démarre fort. L’an dernier, les adhésions se faisaient au fil de l’eau. Là, en ce début d’exercice, les adhésions sont très régulières, et quotidiennes. C’est aussi en lien avec la structuration de notre plateforme en ligne qui facilite les démarches. De plus, cette année, on note que les vétérinaires adhèrent aussi avant d’avoir un cas, sans doute pour participer aux campagnes de stérilisation féline. Auparavant, ils ne le faisaient qu’après avoir eu une demande. Cela montre une vraie dynamique. »
Au global, 2023 aura totalisé 2 109 dossiers, ce qui représente une hausse de 112 % par rapport à 2022. « En fin d’année 2023, le traitement des dossiers a été décuplé grâce au passage à la plateforme en ligne, ce qui fait qu’un tiers d’entre eux concerne les trois derniers mois de 2023. » Certaines des 15 associations régionales de VPT se démarquent. C’est le cas des Pays de la Loire, dont des départements étaient historiquement engagés dans l’ancienne version de VPT. Cette région, petite en taille et en population, était 5e en nombre d’adhérents en 2023, mais c’est celle qui aura traité le plus de dossiers.
Marielle Meurlet (N 93), présidente de l’association régionale des Pays de la Loire et vice-présidente du bureau de la fédération nationale, précise : « 3 départements sur les 5 que compte notre région sont très actifs. En 2023, nous avons traité 495 dossiers, soit près d’un quart de l’ensemble des dossiers de VPT. C’est en hausse de 235 % par rapport à 2022. Cela correspond à un budget de 38 000 euros pour 2023, contre 10 302 euros pour 2022. »
Des actions avec les écoles
Dans cette région, outre les consultations en cliniques pour les personnes démunies, VPT s’est aussi associée à l’école vétérinaire Oniris de Nantes pour suivre les animaux de personnes en situation de très grande précarité, comme les sans domicile fixe. Cette action est confiée aux Unités mobiles de soins vétérinaires solidaires (UMVS). Concrètement, il s’agit de proposer des consultations dans des locaux autres que les ESV. Ce dispositif est opérationnel dans les 4 régions ayant une École nationale vétérinaire, car il fait intervenir des étudiants auprès d’un vétérinaire référent libéral volontaire. Mais il a vocation à être étendu, à l’instar de ce qui a été initié à La Rochelle (Charente-Maritime) avec l’association Gamelles pleines.
Autre exemple en Occitanie, dans l’Hérault, où des UMVS se déplacent une fois par mois, le matin à Montpellier et l’après-midi à Sète. « Nous partons avec les étudiants le matin à 5 h 30 pour revenir le soir vers 20h, explique Marie-Christine Cadiergues (T 91), trésorière de VPT Occitanie et enseignante à l’ENVT. Les étudiants ont accueilli avec enthousiasme ce dispositif qui repose sur le volontariat. Ils sont généralement 7 par séance, moins dans les périodes d’examen ou de vacances. » En 2023, 529 consultations ont été réalisées, mobilisant 64 étudiants et 3 vétérinaires, pour un total de 22 séances. « Si ce dispositif est une bonne chose, on ne peut pas se réjouir de ces chiffres, car cela illustre bien le fait qu’il y a beaucoup de personnes en grande difficulté. » Pour 2024, le planning est déjà fait, et des réflexions sont en cours pour lancer le dispositif dans la ville de Nîmes (Gard). « Ce dispositif ne réussit que grâce à la bonne coordination entre les associations locales, les vétérinaires et la logistique estudiantine, tout comme la volonté politique. » Outre ces UMVS, l’Occitanie est la région qui comptaient le plus d’adhérents en 2023 (85), « car VPT y était également présent historiquement »). Bilan : 281 dossiers pour un montant engagé de 32 433 euros en un an, ce qui la place en 3e région en nombre de dossiers (18 %), derrière la Nouvelle-Aqutaine (18 %).
Les outre-mer mobilisés
Trois territoires ultramarins sont aussi mobilisés : la Guadeloupe, la Martinique et La Réunion. Des discussions sont en cours avec la Nouvelle-Calédonie. Sur l’île de la Réunion, 80 % des vétérinaires adhèrent à l’association. « C’était assez naturel, car nous étions déjà collectivement engagés depuis près de 30 ans dans une association de lutte contre l’errance animale avec des campagnes de stérilisation, explique Hélène Rondeau (T 03), la présidente de VPT sur l’île. L’arrivée de VPT nous a permis de maintenir un soin solidaire de proximité pour les personnes en difficulté. Auparavant, on pouvait les orienter au dispensaire, ce qui pouvait s’avérer un frein géographique pour certains. De plus, tous les types de soins ne sont pas faisables dans un dispensaire. » Comme elle le souligne, « cela a été un vrai soulagement de pouvoir apporter cette aide, tant pour les vétérinaires que pour les détenteurs, dans le sens où VPT procure une solution pour soigner les animaux qui, normalement, ne le seraient pas autant. »
À La Réunion, les campagnes de stérilisation continuent sous la houlette de VPT qui répond aux appels d’offres des intercommunalités. Dans l’Hexagone, des campagnes de stérilisation des félins ont pu être lancées à l’initiative de VPT. En 2023, 1 392 chats ont été stérilisés dont 1 172 identifiés (par puce électronique ou tatouage). De nouvelles campagnes sont prévues pour 2024. « Ces campagnes n’étaient pas prévues dans la subvention de France Relance ; cela fait partie des progrès des actions de VPT, souligne Estelle Prietz. C’était une demande du terrain de pouvoir proposer des stérilisations à un grand nombre de propriétaires modestes. Dans le cadre des campagnes, la participation de VPT est augmentée, ainsi le reste à charge pour les bénéficiaires et l’abandon d’honoraires sont minimes, voire souvent nuls. »
Appel aux dons et mécènes
Pour ceux et celles qui hésiteraient à adhérer, Estelle Prietz rappelle qu’il n’y a aucune obligation à accepter une demande d’aide de la part d’un propriétaire. « Les vétérinaires sont les seuls décideurs, y compris s’ils sont adhérents. Le vétérinaire a le droit de ne pas accepter toutes les demandes de personnes éligibles. Dans ce sens, on ne communique absolument pas sur une liste d’adhérents. »
Et la suite ? L’heure est à la recherche de financements. « Théoriquement, les financements publics devaient se terminer en décembre 2022, mais ils ont été prolongés jusqu’en octobre 2024. En prévision, nous avons lancé un travail de collecte de fonds privés, tout en étant aussi en discussion avec le ministère de l’Agriculture pour trouver une solution pour qu’il n’y ait pas de rupture. Sachant qu’on ne pourra pas faire la demande de reconnaissance d’utilité publique2 avant 2026 puisqu’il faut justifier de 5 ans d’existence, avec obligatoirement une source de financements privés ». Aujourd’hui, le budget global minimal de fonctionnement s’élève à 700 000 euros, sachant qu’une hausse est attendue du fait de l’augmentation des demandes. Le prochain budget pourrait ainsi se rapprocher du million d’euros. Au niveau local, on se mobilise aussi pour trouver des sources de financement. Au-delà de l’aspect financier, la participation vétérinaire est, bien entendu, attendue, y compris pour les unités de soins projetées. À ce sujet, un besoin plus pressant a notamment été identifié en Ile-de-France. En outre, une réflexion est engagée pour la place des ASV au sein de VPT. Poursuivre la simplification administrative est également à l’ordre du jour, avec notamment des tutoriels sur le fonctionnement de la plateforme. En résumé, comme l’a dit Estelle Prietz au cours de l’interview, « on construit en marchant ».
Pour adhérer
Le nouveau site de VPT explique l’ensemble du dispositif et permet par la même occasion de faire un don à l’association.
Depuis le site public, deux accès sont possibles vers la plateforme :
– Un accès bénéficiaire pour les détenteurs qui peuvent y vérifier leur éligibilité et créer un dossier, en amont de tout rendez-vous vétérinaire.
– Un accès vétérinaires pour les professionnels qui peuvent y créer leur profil et adhérer. Une fois l’adhésion faite, et seulement à partir de ce moment-là, les vétérinaires peuvent enregistrer une demande de prise en charge pour leur client, lequel reçoit l’acceptation ou le refus du devis par VPT. S’il ne s’agit pas de soins de prévention, mais de soins urgents, il est possible de demander un traitement en urgence du dossier, qui sera fait dans les 48 heures.
L’adhésion du vétérinaire est symbolique, 10 euros pour l’adhésion individuelle et 25 euros pour un établissement de soins vétérinaires (1 adhésion/établissement pour les multisites).
Une solution pour les crémations
Un rapprochement est en cours avec Esthima, pour la prise en charge des crémations, qui peuvent être un facteur limitant. « Quelquefois, cela peut être le coup de grâce financier pour certains détenteurs qui peuvent repartir avec leur animal », explique Estelle Prietz. Les modalités de prise en charge sont en cours de définition ; cela ne concernera que les crémations collectives.