BRONCHOPNEUMOPATHIE OBSTRUCTIVE CHRONIQUE CHEZ UN CHEVAL
Pratiquer
SUR ORDONNANCE
Auteur(s) : Jean-Dominique Puyt*, Isabelle Lussot-Kervern**
Fonctions :
*Unité de Pharmacologie et Toxicologie, ENVN
En raison de la composante allergique, les corticoïdes ont une place de choix dans le traitement de la bronchopneumopathie obstructive chronique des équidés.
Un cheval selle français âgé de douze ans, pesant 450 kg et participant à des épreuves de CSO, est atteint d’une bronchopneumopathie obstructive chronique. Devant la brusque apparition de difficultés respiratoires (dyspnée sévère et expiration laborieuse), le vétérinaire diagnostique un accès de pousse. La température rectale de l’animal est normale.
En raison de la présence de sécrétions dans les voies respiratoires, des mucolytiques comme la dembrexine (Sputolosin®) ou la bromhexine sont parfois prescrits. Leur efficacité n’est pas démontrée dans cette indication. Il est en outre primordial de contrôler les poussières dans l’environnement. Si la saison le permet, la mise au pâturage est conseillée.
En situation d’urgence, les corticoïdes sont les seuls anti-inflammatoires efficaces. Ils s’opposent aux effets de la composante allergique de l’accès de pousse. La dose de dexaméthasone recommandée peut aller jusqu’à 0,1 mg/kg/j, une ou deux fois par jour. La dose administrée en traitement d’attaque est donc ici adaptée au traitement d’une dyspnée sévère. Lors d’atteinte moins grave, une dose de 0,06 mg/kg/j est suffisante et considérée comme présentant un risque négligeable de survenue de fourbure, complication la plus redoutée.
L’administration doit être prolongée pendant une durée minimale de deux semaines; l’amélioration des signes cliniques n’est significative qu’une semaine après le début du traitement. Le phosphates odique de dexaméthasone (Dexa-dreson®) peut être administré par voie intraveineuse, intramusculaire ou orale, à raison de 0,1 mg/kg/j pendant deux ou trois jours, puis un jour sur deux, puis 0,05 mg/kg un jour sur deux. L’administration du 21-isonicotinate de dexaméthasone en solution hydromiscible (Voren Solution injectable®) à raison de 0,04 mg/kg par voie intramusculaire tous les trois jours est également possible.
La prednisolone peut également être administrée par voie orale à la dose de 2 mg/kg/j pendant quelques jours en deux prises, puis de 1 mg/kg tous les jours, puis tous les deux jours. Elle présente en outre, lors de traitement prolongé, un risque de dépression de l’axe hypothalamo-hypophysaire réduit.
Aucune spécialité “équine” autorisée avec un corticoïde seul n’est indiquée par voie orale ou parinhalation selon les notices d’emploi ou les résumés des caractéristiques du produit (RCP). L’inhalation permet une forte concentration locale tout en minimisant les effets systémiques, mais nécessite un équipement adapté. Le praticien peut néanmoins modifier les schémas thérapeutiques – voie d’administration, dose, rythme et durée – sans que cela rentre dans le cadre légal de la cascade du “hors AMM”. Celle-ci ne réglemente en effet que les changements d’espèces et/ou d’indication. Le praticien peut même éventuellement prescrire une préparation magistrale qui peut être fabriquée par le praticien lui-même ou par un pharmacien.
Ventipulmin® est une spécialité vétérinaire à base de clenbutérol, un bronchodilatateur de la classe des ß2-sympa-thomimétiques qui stimule également l’activité de l’appareil mucociliaire. La bronchoconstriction étant secondaire à l’inflammation, le clenbutérol doit toujours être utilisé en association avec un traitement anti-inflammatoire. La dose recommandée est de1,6 g/kg/j par voie orale, répartie en deux prises et le traitement peut être initié par une administration intraveineuse lente de 0,8 g/kg. La réponse aux ß2-sympathomi-métiques est toutefois variable selon les individus : il existe un effet de premier passage (jusqu’à 25 % des chevaux ne répondent pas au traitement). Aussi, un doublement de la dose (jusqu'à 3,2 g/kg/j) peut être envisagé, mais seulement par augmentation par paliers tous les trois jours (augmentation de 0,8 g/kg/j), afin d’éviter des effets secondaires.
Le surdosage peut entraîner une certaine agitation, des tremblements, une tachycardie et une sudation marquée. Un avortement en fin de gestation est décrit chez les bovins mais peu documenté chez la jument :la prudence conduit toutefois à éviter l’administration de clenbutérol dans le dernier tiers de la gestation. Des teneurs résiduelles de clenbutérol peuvent être décelées pendant quatorze jours dans le sang. L’administration des ß2-agonistes est légalement réalisée « par le vétérinaire ou sous sa responsabilité » compte tenu du caractère anabolisant de ces substances et des détournements d’usage possibles.