BÉNÉFICES ET RISQUES DE L’UTILISATION DES DIURÉTIQUES CHEZ LES NOUVEAUX ANIMAUX DE COMPAGNIE - Le Point Vétérinaire n° 442 du 01/06/2023
Le Point Vétérinaire n° 442 du 01/06/2023

MÉDECINE DES NAC

Thérapeutique

Auteur(s) : Laëtitia Garbay*, Adeline Linsart**, Yassine Mallem***

Fonctions :
*Centre hospitalier vétérinaire
Saint-Martin
Unité NAC
321 impasse des Champs
74350 Allonzier-la-Caille
**Unité de pharmacologie
et toxicologie d’Oniris
101 route de Gachet
44300 Nantes

Trois diurétiques sont utilisables chez les NAC : le furosémide, le torasémide et la spironolactone. Leurs posologies et indications diffèrent selon les espèces.

Il est souvent difficile de trouver facilement et rapidement des données fiables concernant la pharmacocinétique chez les nouveaux animaux de compagnie (NAC). Cet article fait le point sur les connaissances actuelles au sujet des trois principaux diurétiques utilisés en médecine vétérinaire pour traiter ces espèces.

MODE D’ACTION, INTÉRÊT THÉRAPEUTIQUE ET DIFFÉRENCE ANATOMIQUE

Le furosémide et le torasémide sont classés comme des diurétiques de l’anse, ils bloquent le cotransporteur Na-K-2Cl. La spironolactone est un diurétique dit hyperkaliémant, qui inhibe le système rénine-angiotensine-aldostérone. Le résultat reste le même : une augmentation de la diurèse. Les posologies sont différentes selon les espèces (tableau).

1. Le furosémide, la molécule la plus courante en médecine vétérinaire

Mammifères

La plupart des connaissances sur les nouveaux animaux de compagnie proviennent d’études expérimentales à visée humaine, réalisées notamment chez le lapin et le rat [4, 15, 16, 21, 24]. Le furosémide est alors indiqué chez ces espèces pour traiter les œdèmes pulmonaires, l’ascite, les insuffisances cardiaques congestives et l’hypertension [23]. Il aurait également un effet bronchodilatateur chez le cochon d’Inde et le rat, bien que le mécanisme d’action demeure encore inconnu [1, 7]. Des inhalations de furosémide sont d’ailleurs utilisées en prévention chez les patients humains asthmatiques [10]. Cette piste semble intéressante pour les troubles respiratoires chroniques des petits rongeurs, malgré une absence d’autorisation de mise sur le marché vétérinaire. Il convient néanmoins de veiller au risque d’une possible intoxication par léchage, le furosémide pouvant persister à la surface du poil de l’animal à la suite des inhalations.

Reptiles et poissons

L’utilisation du furosémide est controversée chez les reptiles et les poissons, car ces espèces ne possèdent pas d’anse de Henlé. Néanmoins, des études réalisées chez la tortue, la couleuvre, le pogona ou encore le poisson-chat ont prouvé un effet positif du médicament (photo) [8, 11, 13, 20]. Une action au niveau des tubules distaux et/ou de la jonction glomérulo-médullaire est supposée. A contrario, le furosémide s’est révélé inefficace chez un python atteint d’une insuffisance cardiaque congestive [18]. Chez les reptiles, il est donc essentiellement employé pour traiter les œdèmes et épanchements cœlomiques.

Oiseaux

Le furosémide est indiqué chez les oiseaux pour le traitement des affections cardio-pulmonaires (épanchement péricardique, œdème pulmonaire) [12, 22]. Il a également été utilisé pour traiter des calculs obstructifs d’acide urique chez le faucon, ou pour gérer l’oligo-anurie en cas de maladie rénale chronique après la prise en charge de la déshydratation [23]. Les oiseaux sont particulièrement sensibles aux diurétiques et une utilisation sur le long terme peut mener à une hypokaliémie sévère à l’origine de troubles du rythme cardiaque [23]. Les loris et les loriquets semblent plus sensibles que les autres espèces d’oiseaux à cet effet [3].

2. Autres diurétiques

Les études restent rares sur la spironolactone et le torasémide. Ce dernier n’est utilisé que depuis peu en médecine vétérinaire. Quelques études réalisées chez le lapin nouveau-né ou le rat permettent toutefois d’avoir une idée des posologies pour le torasémide et prouvent son efficacité [5, 6]. Chez le chien, cette molécule est réputée avoir une efficacité diurétique, et une biodisponibilité ainsi qu’une durée d’action supérieures à celles du furosémide [14]. Aucune donnée n’est en revanche disponible à ce sujet chez les NAC.

Concernant la spironolactone, deux études récentes menées chez le chinchilla et le perroquet gris du Gabon montrent aussi une efficacité et permettent d’établir des doses [17, 19]. Comme cette molécule ne génère pas d’hypokaliémie, son emploi chez les oiseaux pourrait être une solution alternative intéressante par rapport au furosémide.

TOXICITÉ

Les diurétiques présentent une toxicité rénale et hépatique. Une nécrose du foie est d’ailleurs apparue chez des souris traitées au furosémide, mais elle a été observée après une unique administration à 400 mg/kg, soit presque cent fois la dose recommandée pour cette espèce [24].

Une ototoxicité du furosémide est décrite chez le cochon d’Inde, aggravée par l’association avec des aminoglycosides mais limitée lors d’une administration intraveineuse continue plutôt qu’en bolus [2, 23].

PRÉCAUTION D’EMPLOI ET CONTRE-INDICATIONS

Les oiseaux traités avec le furosémide doivent bénéficier d’un électrocardiogramme pour vérifier les risques d’arythmie cardiaque générés par une hypo­kaliémie.

La molécule entraîne un défaut de calcification de la coquille des œufs, ainsi qu’une diminution de son épaisseur [9]. Les animaux reproducteurs, notamment les poules, doivent donc être l’objet d’une attention particulière. Malgré la nécessité de conserver une bonne hydratation chez l’animal, le recours à une fluidothérapie intraveineuse ou sous-cutanée n’est pas recommandé. Tout animal insuffisant rénal ou déshydraté présente, par définition, une contre-indication majeure à l’utilisation de diurétiques.

Aucun recul suffisant n’existe au sujet du suivi des paramètres rénaux ou de l’emploi en perfusion continue plutôt qu’en bolus. Ainsi, il est recommandé de se référer aux connaissances connues en médecine canine.

RÉSISTANCE

Une résistance à l’effet diurétique du furosémide chez des lapins présentant une hypoalbuminémie est rapportée, bien que le mécanisme demeure à ce jour inconnu [15].

Références

  • 1. Almirall JJ, Dolman CS, Eidelman DH. Furosemide-induced bronchodilation in the rat bronchus: evidence of a role for prostaglandins. Lung. 1997;175 (3):155-163.
  • 2. Bako P, Gerlinger I, Wolpert S et coll. The ototoxic effect of locally applied kanamycin and furosemide in guinea pigs. J. Neurosci. Methods. 2022;372:109527.
  • 3. Carpenter JW, Harms CA. Carpenter’s Exotic Animal Formulary, 6th edition. Elsevier Saunders. 2022:848p.
  • 4. Do Nascimento NC, Dos Santos AP, Mohallem R et coll. Furosemide-induced systemic dehydration alters the proteome of rabbit vocal folds. J. Proteomics. 2022;252:104431.
  • 5. Dubourg L, Mosig D, Drukker A et coll. Torasemide is an effective diuretic in the newborn rabbit. Pediatr. Nephrol. 2000;14 (6):476-479.
  • 6. Ghys A, Denef J, de Suray JM et coll. Pharmacological properties of the new potent diuretic torasemide in rats and dogs. Arzneimittelforschung. 1985;35 (10):1520-1526.
  • 7. Iwamoto LM, Wilson VL, Lavallee SL et coll. Tachyphylaxis to furosemide in isolated airways of guinea pigs. Life Sci. 1996;59 (13):1015-1024.
  • 8. LeBrie SJ, Boelcskevy BD. The effect of furosemide on renal function and renin in water snakes. Comp. Biochem. Physiol. C Comp. Pharmacol. 1979;63C (2):223-228.
  • 9. Lundholm CE, Bartonek M. Furosemide decreases eggshell thickness and inhibits (45) Ca2+ uptake by a subcellular fraction of eggshell gland mucosa of the domestic fowl. Comp. Biochem. Physiol. C Comp. Pharmacol. Toxicol. 1992;101 (2):317-320.
  • 10. Newton PJ, Davidson PM, Macdonald P et coll. Nebulized furosemide for the management of dyspnea: does the evidence support its use? J. Pain Symptom Manage. 2008;36 (4):424-441.
  • 11. Nishimura H. Renal responses to diuretic drugs in freshwater catfish Ictalurus punctatus. Am. J. Physiol. 1977;232 (3):278-285.
  • 12. Oglesbee BL, Lehmkuhl L. Congestive heart failure associated with myxomatous degeneration of the left atrioventricular valve in a parakeet. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2001;218 (3):376-380, 360.
  • 13. Parkinson LA, Mans C. Effects of furosemide administration to water-deprived inland bearded dragons (Pogona vitticeps). Am. J. Vet. Res. 2018;79 (11):1204-1208.
  • 14. Pelligand L, Guillot E, Geneteau A et coll. Population pharmacokinetics and pharmacodynamics modeling of torasemide and furosemide after oral repeated administration in healthy dogs. Front. Vet. Sci. 2020;7:151.
  • 15. Pichette V, Geadah D, du Souich P. The influence of moderate hypoalbuminaemia on the renal metabolism and dynamics of furosemide in the rabbit. Br. J. Pharmacol. 1996;119 (5):885-890.
  • 16. Pichette V, Geadah D, du Souich P. Role of plasma protein binding on renal metabolism and dynamics of furosemide in the rabbit. Drug Metab. Dispos. 1999;27 (1):81-85.
  • 17. Ratliff C, Zaffarano B. Generalized edema and chylothorax in a 5-year-old female intact chinchilla (Chinchilla lanigera). J. Exot. Pet Med. 2017;26 (3):219-223.
  • 18. Rishniw M, Carmel BP. Atrioventricular valvular insufficiency and congestive heart failure in a carpet python. Aust. Vet. J. 1999;77 (9):580-583.
  • 19. Sedacca CD, Campbell TW, Bright JM et coll. Chronic cor pulmonale secondary to pulmonary atherosclerosis in an African Grey parrot. J. Am. Vet. Med. Assoc. 2009;234 (8):1055-1059.
  • 20. Stephens GA, Robertson FM. Renal responses to diuretics in the turtle. J. Comp. Physiol. B. 1985;155 (3):387-393.
  • 21. Tammela TL, Longhurst PA, Wein AJ et coll. The effect of furosemide-induced diuresis on rabbit micturition and bladder contractile function. J. Urol. 1993;150 (1):204-208.
  • 22. Verstappen F, Dorrestein GM. Aspergillosis in Amazon parrots after corticosteroid therapy for smoke-inhalation injury. J. Avian Med. Surg. 2005;19 (2):138-141.
  • 23. Watson M. Furosemide. J. Exotic Pet Med. 2011;20 (1):60-63.
  • 24. Williams DP, Antoine DJ, Butler PJ et coll. The metabolism and toxicity of furosemide in the wistar rat and CD-1 mouse: a chemical and biochemical definition of the toxicophore. J. Pharmacol. Exp. Ther. 2007;322 (3):1208-1220.

Conflit d’intérêts : Aucun

CONCLUSION

Le furosémide est le diurétique le plus utilisé chez les nouveaux animaux de compagnie. Son usage reste donc le plus sûr puisqu’il existe un recul suffisant et des posologies spécifiques à chaque espèce. Les oiseaux étant très sensibles aux diurétiques de l’anse, la spironolactone peut être une solution alternative intéressante afin de minimiser les risques d’arythmie cardiaque.