ÉTAPE 1 : TRICHURIS VULPIS : IMPORTANCE MÉDICALE, MORPHOLOGIE ET BIOLOGIE - Le Point Vétérinaire n° 464 du 01/04/2025
Le Point Vétérinaire n° 464 du 01/04/2025

La parasitologie en 10 étapes

Auteur(s) : Lionel Zenner

Fonctions : (DipEVPC,
professeur en zoologie, parasitologie
et maladies parasitaires)
VetAgro Sup
Campus vétérinaire de Lyon
1 avenue Bourgelat
69280 Marcy l’Étoile

Trichuris vulpis est un nématode, parasite du gros intestin chez le chien, présent dans toute l’Europe. Les élevages canins sont davantage exposés que les animaux isolés.

Le trichure du chien est un nématode parasite fréquemment rencontré chez le chien. Bien que sa prévalence soit variable selon les régions, il demeure un agent pathogène important en médecine vétérinaire, notamment dans les collectivités canines. Son impact clinique peut être significatif, particulièrement chez les jeunes animaux, et la grande résistance de ses œufs dans l’environnement complique son contrôle. Cet article présente les aspects essentiels de sa morphologie, de sa biologie et de son importance médicale. Le diagnostic et la prise en charge de ce parasite ne sont pas développés ici. En effet, l’établissement du diagnostic est circonstanciel et le traitement doit être adapté à chaque cas individuellement. Pour cela, le vétérinaire peut faire appel à de nombreuses sources documentaires actualisées (1, 2).

NOMS DU PARASITE

Le nom scientifique actuel est Trichuris vulpis (encadré). Ce parasite est communément appelé trichure ou ver en fouet du chien. En anglais, il porte le nom de canine whipworm ou dog whipworm. Il est aussi connu sous les anciennes appellations de Trichocephalus vulpis, Mastigodes vulpis et Trichocephalus depressiusculus.

ACTEURS DU CYCLE DE DÉVELOPPEMENT

Ce parasite a un cycle de vie direct, sans hôte intermédiaire. L’hôte définitif principal de Trichuris vulpis est le chien, mais d’autres canidés comme le renard, le furet ou le coyote peuvent également être parasités. De très rares cas d’infestation par T. vulpis sont rapportés chez l’humain, bien que cette potentialité zoonotique ne soit pas établie avec certitude [4].

DISTRIBUTION DU PARASITE

Trichuris vulpis est répandu dans le monde entier dans les zones où les chiens et autres canidés sont présents. La prévalence de l’infestation varie selon la région et les conditions environnementales. La présence de T. vulpis est plus fréquente dans les zones à climat tempéré ou tropical humide, là où les conditions favorisent la survie et le développement des œufs dans l’environnement. En Europe, le taux d’infestation est compris entre 0,8 et 48,4 % chez le chien, avec une fréquence plus élevée au sein des chenils et des refuges. Une étude française a récemment rapporté une prévalence de 2,7 % [2]. Ce parasite est aussi observé en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie et en Australie. Les œufs, très résistants dans le milieu extérieur, expliquent en partie sa large distribution.

LOCALISATION CHEZ L’HÔTE

Trichuris vulpis se localise principalement dans le cæcum et le côlon des chiens infestés. Les adultes s’attachent à la muqueuse intestinale à l’aide de leur extrémité antérieure effilée qui est enfoncée dans la paroi intestinale. La partie postérieure du nématode reste libre dans la lumière intestinale. Dans le cas d’une infestation massive, les parasites peuvent également être présents dans la partie distale de l’iléon. Les œufs sont pondus par les femelles dans la lumière intestinale et sont excrétés dans les fèces de l’hôte [1].

IMPORTANCE CLINIQUE

Trichuris vulpis est un parasite important en médecine vétérinaire, en particulier chez le chien. Les infections par ce nématode entraînent une variété de signes cliniques qui vont de l’absence de symptômes à une mortalité dans les cas extrêmes [5, 6].

MORPHOLOGIE

Caractéristiques des adultes

Les vers adultes ont un corps allongé et fin avec une extrémité antérieure effilée et une extrémité postérieure épaissie. Ils ressemblent à un fouet, d’où leur nom commun en anglais de whipworms [1, 3]. Les adultes mesurent entre 45 et 75 mm de long pour un diamètre de 0,08 à 0,14 mm dans la partie fine et de 0,35 à 1,3 mm pour la partie postérieure épaissie. Le rapport entre les portions antérieure et postérieure est entre 3 sur 2 et 2 sur 1 en faveur de la partie antérieure amincie. L’extrémité antérieure porte une bouche dépourvue de lèvre, mais avec une petite pointe vulnérante. L’extrémité postérieure présente un aspect différent selon le sexe : elle est légèrement incurvée chez la femelle et spiralée chez le mâle (photos 1a et 1b) [1, 3].

Appareil reproducteur

L’appareil reproducteur de la femelle ne comporte qu’un ovaire et la vulve se trouve à la jonction de l’œsophage et de l’intestin, à l’union des deux parties corporelles (photo 2). Ce détail anatomique est facile à visualiser au microscope. Chez le mâle, un appareil copulateur, constitué d’un seul spicule, est présent à l’extrémité postérieure du corps (photo 3). Ce spicule est long (9 à 11 mm) avec une gaine spiculaire cylindrique recouverte d’écailles mousses dans la partie proximale et lisses dans la partie distale. De plus, une particularité assez rare chez les nématodes, l’extrémité distale du canal déférent du mâle communique avec la partie distale de l’intestin pour former un tube cloacal qui se prolonge par la gaine spiculaire.

Aspect des œufs

Les œufs ont une forme caractéristique de citron, avec un bouchon translucide arrondi et proéminent à chaque pôle. Ils possèdent une coque lisse, brune et épaisse. Ils font entre 70-80 x 37-40 µm. Les œufs fraîchement pondus contiennent une seule cellule (photo 4) [1, 3].

BIOLOGIE

Cycle évolutif

Le cycle de développement de Trichuris vulpis est direct (figure). Les œufs qui ne sont pas embryonnés sont expulsés dans les matières fécales du chien. Dans l’environnement, ils subissent une maturation et deviennent infestants après un délai de deux à quatre semaines environ. Leur développement dépend des conditions de température (optimale entre 28 et 32 °C), d’humidité et d’oxygénation. Dans les meilleures conditions, les œufs peuvent évoluer en neuf à dix jours. Ils contiennent alors une larve et peuvent rester infestants durant des mois, voire plusieurs années. Les œufs de T. vulpis supportent le froid, mais ils sont détruits par la chaleur et la dessiccation [1, 3].

Infestation chez le chien

Les chiens s’infestent en ingérant les œufs qui contiennent une larve. Une fois parvenus dans l’intestin grêle, les œufs éclosent et libèrent les larves qui pénètrent dans la paroi de l’intestin. Elles s’enfoncent alors entre les cellules épithéliales, dans les cryptes de Lieberkühn, où elles demeurent quelques jours avant de se détacher puis de migrer au niveau du gros intestin. C’est là qu’auront lieu les autres mues qui aboutiront aux vers adultes. Les nématodes s’attachent ensuite par leur portion céphalique dans la muqueuse et la sous-muqueuse du gros intestin (photo 5). La période prépatente pour T. vulpis est de 70 à 100 jours. La femelle, très prolifique, pond plus de 2 000 œufs par jour [3].

Alimentation des vers adultes

Les trichures sont essentiellement hématophages, mais ils peuvent également se nourrir de débris tissulaires et de muqueuse épithéliale digérée. C’est le petit stylet, à l’extrémité de la bouche, qui est à l’origine de déchirements tissulaires par ses mouvements. Ce ver ne prélève que la quantité nécessaire à ses besoins.

CONSÉQUENCES ÉPIDÉMIOLOGIQUES ET CLINIQUES

La prévalence d’infestation par T. vulpis varie suivant les pays, mais aussi selon les conditions environnementales locales. Les chiens qui vivent dans des chenils, des refuges ou des élevages sont plus exposés au risque d’infestation en raison de la forte densité de population canine associée à la résistance des œufs. Les chiots et les jeunes chiens sont plus sensibles et peuvent développer des signes cliniques plus sévères [5]. Les conséquences cliniques varient selon l’intensité de l’infestation, l’âge et l’état de santé des animaux. Les chiens peuvent rester asymptomatiques en cas d’infestation légère. Des signes cliniques apparaissent généralement lorsque la charge parasitaire est importante. Lors de trichurose, les principaux signes cliniques sont une diarrhée chronique, parfois sanglante ou mucoïde, une perte de poids, une anémie, un appétit variable et un retard de croissance chez le jeune chien. Dans les cas graves, une inflammation sévère de la muqueuse intestinale (typhlite et colite) peut survenir, entraînant une malabsorption, une déshydratation et, dans des cas extrêmes, la mort de l’animal. Les chiots et les jeunes chiens, plus sensibles à l’infestation, peuvent développer des signes cliniques plus sévères tels qu’une anémie marquée, un retard de croissance et une diarrhée profuse. Les adultes peuvent tolérer des charges parasitaires plus importantes avant de présenter des signes cliniques [3, 6].

PARASITES APPARENTÉS

Les trichures se déclinent en plusieurs espèces qui parasitent divers mammifères. L’espèce Trichuris suis peut provoquer une diarrhée, une anémie et un retard de croissance chez les porcelets. Les espèces T. ovis et T. discolor, qui parasitent respectivement les ovins et les bovins, sont responsables d’une inflammation de la muqueuse intestinale et d’une diarrhée. L’espèce T. muris est un parasite des rongeurs, dont la souris souvent utilisée comme modèle animal pour la trichurose. Certaines espèces (T. campanula et T. serrata) sont des parasites de félidés sauvages en Amérique centrale et du Sud. Quelques cas d’infestation du chat sont décrits. Chez l’humain, T. trichuria est responsable d’une maladie intestinale importante dans les régions tropicales et subtropicales.

  • (1) Site de l’Esccap France (www.esccap.fr). En particulier : Guide de lutte contre les nématodes et les cestodes des carnivores domestiques, Guide de vermifugation individuelle des chiens et des chats, Tableau des principales spécialités anthelminthiques disponibles pour le traitement des chiens en France (mis à jour en décembre 2024).

  • (2) Voir le dossier « Helminthoses digestives des carnivores domestiques : évaluation des risques » paru dans Le Point vétérinaire n° 457, septembre 2024.

Références

  • 1. Anderson RC. Nematode Parasites of Vertebrates: their Development and Transmission, 2nd edition. Cabi Digital Library. 2000:650p.
  • 2. Bourgoin G, Callait-Cardinal MP, Bouhsira E et coll. Prevalence of major digestive and respiratory helminths in dogs and cats in France: results of a multicenter study. Parasit. Vectors. 2022;6;15(1):314.
  • 3. Bowman DD. Georgis’ Parasitology for Veterinarians, 10th edition. Elsevier Saunders. 2014:432p.
  • 4. Dunn JJ, Columbus ST, Aldeen WE et coll. Trichuris vulpis recovered from a patient with chronic diarrhea and five dogs. J. Clin. Microbiol. 2002;40(7):2703-2704.
  • 5. Raza A, Rand J, Qamar AG et coll. Gastrointestinal parasites in shelter dogs: occurrence, pathology, treatment and risk to shelter workers. Animals (Basel). 2018;8(7):108.
  • 6. Traversa D. Are we paying too much attention to cardio-pulmonary nematodes and neglecting old-fashioned worms like Trichuris vulpis? Parasit. Vectors. 2011;4:32.

Conflit d’intérêts : Aucun

Encadré
POSITION TAXINOMIQUE SIMPLIFIÉE

- Phylum : Nematoda. Ce ver présente une section circulaire sans trompe épineuse.

- Superfamille : Trichinelloidea. La partie antérieure du corps est rétrécie. L’œsophage est réduit à un tube capillaire (stichosome) formé de grosses cellules (stichocytes, photo). Les mâles ne possèdent pas de ventouse postérieure et ils n’ont pas de spicule ou un seul.

- Famille : Trichuridés. Le corps est divisé en deux zones, avec une partie postérieure plus courte et beaucoup plus large que la partie antérieure. Les mâles possèdent un seul spicule entouré d’une gaine. Les femelles sont ovipares.

- Genre : Trichuris. Le ver mesure de 4 à 7 cm avec une partie antérieure très fine et une partie postérieure au diamètre bien plus important. La partie amincie du corps est beaucoup plus longue que la partie élargie, avec un contraste net.

- Espèce : Trichuris vulpis. C’est le trichure spécifique du chien et des canidés.

Les œufs non larvés sont libérés dans les matières fécales des chiens parasités. Une larve se développe au sein de l’œuf en un mois, voire plus, si la température est supérieure à 4 °C. Cette larve est protégée par la coque de l’œuf et peut survivre dans l’environnement pendant des années. Les chiens s’infestent lorsqu’ils ingèrent ces œufs larvés. Dans l’intestin grêle, l’éclosion des œufs libère les larves. Les vers devenus adultes se reproduisent dans le gros intestin. La période prépatente* dure de deux à trois mois (70 à 100 jours) et les trichures adultes peuvent survivre jusqu’à seize mois chez le chien.

* La période prépatente est le délai entre l’ingestion d’une larve infestante et l’apparition d’œufs dans les fèces.

D’après une figure de Lionel Zenner

Points clés

• Le trichure du chien se reconnaît à sa forme typique de fouet avec une partie antérieure fine (deux tiers du corps) et une partie postérieure épaisse (un tiers du corps).

• Le parasite adulte vit fixé dans la muqueuse du cæcum et du côlon proximal où il se nourrit de sang.

• Les œufs de Trichuris vulpis peuvent survivre plusieurs années dans l’environnement, ce qui complique considérablement le contrôle de ce parasite.

• Comme le délai entre l’ingestion des œufs et l’excrétion d’œufs par les adultes (période prépatente) est long (dix à douze semaines), cela limite le dépistage précoce par coproscopie lors d’une consultation de médecine préventive.

• La trichurose canine peut rester asymptomatique ou se traduire par des signes cliniques tels qu’une diarrhée chronique, parfois sanglante, lorsque la charge parasitaire est plus importante et que les parasites subsistent longtemps.

CONCLUSION

Trichuris vulpis reste un parasite majeur des canidés dont l’importance est souvent sous-estimée en pratique vétérinaire. La grande résistance de ses œufs dans l’environnement et son cycle direct en font un parasite présent dans les collectivités canines. Les caractéristiques biologiques spécifiques de ce nématode, notamment sa localisation dans le tube digestif et son mode d’alimentation hématophage, expliquent son impact clinique significatif, particulièrement chez les jeunes animaux. La compréhension de son épidémiologie et de sa pathogénie est essentielle pour une meilleure prise en charge des animaux infestés.